« Un moral d’enfer malgré la déception »
Charles et tout l’équipage de Groupama IV sont finalement arrivés à bon port, à Itajay, sous gréement de fortune. Ils obtiennent une belle troisième place dans l’étape du Horn, ils conservent leur seconde place au général et se sont forgé un moral de battants à l’approche de la phase ultime de cette Volvo Ocean Race, qu’ils s’apprêtent à aborder le couteau entre les dents.
Charles, quel bilan tires-tu de cette étape… mouvementée ?
« Là, pour le moment, c’est surtout l’euphorie d’avoir terminé. A la fin, c’était vraiment pénible, on n’avançait pas et il n’y avait pas grand-chose à faire ; on en a profité pour se reposer, ce qui n’était pas plus mal. »
Peux-tu nous expliquer ce qui s’est exactement passé lors du démâtage ?
« Eh bien en fait on ne sait pas vraiment… Tout d’un coup le mât est tombé, ça a été le choc pour tout le monde. »
Vous tiriez comme des fous sur le bateau alors que vous étiez dans une lutte très intense avec Puma ?
« Pas du tout. On était même plutôt sous-toilés, et la mer était plate. C’est vraiment incompréhensible. »
Et ensuite, que s’est-il passé ?
« Nous avons mis le cap sur Punta des Este, la mort dans l’âme. Nous avons pas mal hésité sur la suite à donner, puis nous avons décidé de continuer sious gréement de fortune, c’était la bonne décision. »
C’est incroyable, ce que vous êtes parvenus à faire en si peu de temps…
« Oui, c’était extraordinaire. Il y a eu une chaîne de solidarité exceptionnelle. Le club nous a grand-ouvert ses portes à 2h00 du matin. Des centaines de personnes sont venues nous voir, et à certains moments, il y avait plus de trente personnes qui nous aidaient, par exemple à déplacer les morceaux du mât. C’était énorme. »
Et le résultat n’était pas mal du tout !
« Oui, c’était vraiment Mac Giver ! Le gréement de fortune a très bien tenu, on a même fait des pointes à 20 nœuds ! »
Revenons maintenant sur l’étape, avant le démâtage. Quel bilan en tires-tu ?
« On marchait vraiment comme des avions, et c’était une très belle régate, qu’on méritait de gagner. Nous sommes fiers de ce que nous y avons accompli, et d’avoir franchi le Cap Horn en tête. Quand on voit ce qui est arrivé à certains de nos concurrents, on se dit que finalement, on ne s’en sort pas trop mal… »
Il y a aussi visiblement un excellent état d’esprit à bord ?
« Oui, totalement, on travaille tous très dur et on s’amuse aussi beaucoup. Avec ce qui nous est arrivés sur cette étape, un équipage qui n’est pas soudé risquerait d’exploser. Nous, ça nous rend encore plus forts et nous allons attaquer la fin de la Volvo en sachant que nous pouvons encore gagner des manches, et même le classement général. »
Que va-t-il se passer maintenant ?
« D’abord, nous avons besoin d’un peu de repos. Moi, je rentre brièvement en France voir la famille. Pendant ce temps, l’équipe technique va de nouveau bosser à fond, pour mettre le nouveau mât en place. On avait un « spare » aux Pays-Bas, qui devrait arriver au Brésil demain. Ensuite, il faudra nous remotiver, nous remettre dans le bain et passer à l’attaque. Il y a encore beaucoup de points en jeu et tout est possible. »
Photo : © Yann Riou / Groupama Sailing Team / Volvo Ocean Race

